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ELEN-EBLUL France interpelle le Président de la République

ELEN-EBLUL France, qui regroupe des associations de promotion de langues régionales et dont est membre l’IEO, a, ce 1er février 2016, écrit une lettre au Président de la République à propos du cadre légal des langues régionales de France. Alors que celles-ci sont en danger de mort et que toute amélioration en leur faveur est délibérément rejetée par les parlementaires, ELEN-EBLUL France interpelle le Président de la République sur sa promesse de reconnaissance officielle de ces langues qui, selon la Constitution, « appartiennent au patrimoine de la France ».

ELEN-EBLUL France interpelle le Président de la République

Monsieur le Président,

Le Réseau Européen pour l’Egalité des Langues ELEN-EBLUL France, qui est notamment composé d’associations et fédérations d’associations œuvrant à la promotion et au développement des langues régionales historiquement pratiquées sur le territoire français (voir liste ci-dessous), suit de près les débats et les votes parlementaires concernant toute évolution éventuelle du cadre légal touchant au développement de ces langues.

Après le vote par le Sénat le 27 octobre dernier de la question préalable à l’encontre du projet de loi constitutionnelle autorisant la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, il semblerait que cette ratification soit définitivement enterrée. Cette ratification, sans entraîner un grand bouleversement dans le développement et la pratique des langues régionales au quotidien, aurait néanmoins constitué un geste politique fort.

Plus récemment, le 14 janvier dernier, à l’Assemblée Nationale, c’est en ayant recours au système de délégations de vote, dont les députés peuvent user en cas de situations exceptionnelles, que les députés du groupe Socialistes Républicains et Citoyens ont réussi à faire rejeter la proposition de loi présentée par le député breton Paul Molac relative à l’enseignement immersif des langues régionales et à leur promotion dans l’espace public et audiovisuel. Ces deux votes défavorables aux langues régionales viennent s’ajouter à une liste déjà longue et l’occasion a une nouvelle fois été perdue pour les parlementaires français, et pour la classe politique plus généralement, de témoigner de leur attachement aux langues régionales et leur volonté de les faire vivre.

Ainsi, alors que le nombre de locuteurs des langues régionales continue dangereusement de diminuer au point que la survie de ces dernières n’est pas assurée (cf. le dernier Atlas UNESCO des langues en danger dans le monde), que les acteurs œuvrant dans le domaine de l’enseignement bilingue et immersif sont confrontés de façon récurrente aux mêmes difficultés (en terme d’ouverture de classes, de nombre de postes d’enseignants, de formation des enseignants...), que la présence des langues régionales dans la vie publique reste faible (médias, signalétique, culture...), aucune évolution positive du cadre législatif français n’est observée et les langues régionales sont ainsi maintenues dans une situation critique.

Par la présente, et au vu d’une ratification de plus en plus improbable de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, ratification qui faisait pourtant partie de vos 60 promesses alors que vous étiez candidat aux dernières élections présidentielles, nous souhaitons donc savoir quelle(s) mesure(s) vous comptez prendre afin de commencer à sécuriser juridiquement les langues régionales et amorcer ainsi une véritable politique de revitalisation de ces langues, qui, en vertu de l’article 75-1 de la Constitution française, « appartiennent au patrimoine de la France ».

Espérant une réponse de votre part et que vous contribuerez au maintien et au développement des langues régionales, nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre considération toute particulière.

Pour le collectif ELEN-EBLUL France,
Tangi LOUARN, Président


Alsace : Culture et bilinguisme d’Alsace et Moselle, Initiative Citoyenne Alsacienne, Fédération Alsace bilingue.
Basque : Euskal Konfederazioa.
Breton : Kevre Breizh, Coordination des fédérations culturelles bretonnes.
Catalan : Federació per la defensa de la llengua i de la cultura catalanes.
Corse : Parlemu Corsu.
Langues de Guyane : Mama Bobi, interculturalités.
Occitan : Institut d’Estudis Occitans.
Domaine d’oïl : Défense et promotion des langues d’oïl.
Langues des Marrons : Institut des langues et cultures des Marrons.

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